Délégationde Savoie

Le peuple Xucuru avance !

Regards croisés, chronique n° 14

Le peuple Xucuru avance !

publié en mai 2012

Le 20 mai est la date de commémoration de l’assassinat, survenu en 1998, du cacique Xikão Xukuru, autrement dit du leader du peuple Xucuru. La lutte de ce peuple indigène pour reconquérir leurs terres, défendre leurs traditions et développer leur culture est entachée de sang. D’autres Indiens ont depuis été assassinés ou ont échappé de peu à des tentatives d’assassinat, comme le nouveau cacique, fils de Xikão. Cette commémoration prend la forme d’une marche. De la réserve, sur les hauteurs de la ville, jusqu’au lieu où a été assassiné le cacique, dans les rues de Pesqueira, des milliers de personnes descendent en marchant, ou plutôt en courant ! Chacun battant du pied le rythme de la chanson « Qui n’aime pas les fourmis n’attaque pas la fourmilière ! ». Il faut dire que le peuple Xucuru ne se laisse pas faire et qu’il a traversé des périodes violentes. Violentes contre ceux qui veulent récupérer la terre des Indiens, mais aussi violente entre eux, contre ceux qui trouvent plus d’intérêt à servir l’ennemi.

Le peuple Xucuru compte environ dix mille personnes et vit dans une réserve aux abords de la ville de Pesqueira, à 200 km de Recife. Ils se répartissent en petits villages éparpillés dans la nature. N’imaginez pas ces villages faits de cabanes ou de huttes. Ce sont des maisons qui ressemblent à toutes les maisons de l’intérieur du Nordeste avec la TV Globo qui arrive par satellite. Cet anniversaire tragique est aussi l’occasion pour ce peuple de se rassembler pour leur assemblée générale. La plupart des réflexions étaient orientées cette année vers l’agriculture. Comment développer une agriculture saine, pour un bien vivre collectif, et respectueuse de la terre sacrée des ancêtres et des générations futures. Comment refuser le modèle de capitalisme qu’on nous impose en donnant plus de place à nos traditions sans cesser d’évoluer. Le plus intéressant est que malgré les attaques qu’ils reçoivent d’en bas leurs préoccupations ne restent pas centrées sur leur propre communauté. Par exemple en cette année de sécheresse, la question du peu d’eau qu’ils ont dans leur réserve est envisagée en considérant aussi les habitants de Pesqueira.

Mais qu’est-ce que je faisais là-bas ? Comme chaque année depuis neuf ans, Pé no Chão emmène un groupe de jeunes assister à l’assemblée et participer à la marche. Le week-end dernier nous étions dix-huit à être accueillis à bras ouverts dans une petite maison par un couple âgé. Le repas était déjà prêt à notre arrivée et on ne nous a jamais laissés mourir de faim. Il faut imaginer ce que représente le don qui est fait en gestion d’eau en période de sécheresse, quand dix-huit personnes arrivent chez vous, pour avoir une image de la force d’accueil du peuple Xucuru. La question centrale de nos trois jours passés avec eux était : qu’est-ce qui unit la lutte du peuple Xucuru à celle du groupe Pé no Chão ? Nous cherchons à améliorer nos conditions de vie, non les uns contre les autres, mais tous ensemble. Notre culture est importante et nous la développons au quotidien. Les différences sont une richesse et nous croyons qu’une communauté forte est une communauté ouverte qui n’a pas peur des autres. Le cacique a aussi répondu à notre question : « Nous sommes des êtres multiplicateurs, si vous vous inspirez de la lutte Xucuru et que vous ramenez cette force chez vous, vous aussi vous participerez à ce combat pour un monde meilleur où le bien vivre se partage sans aucune distinction. » Je commence à multiplier cette force par ces quelques lignes. Vous commencez à multiplier cette lutte en les lisant. Au travail !

Visiter le blog regardscroises-francebresil.fr

Imprimer cette page

Faites un don en ligne