Délégationde Savoie

L’intérieur se meurt

Regards croisés, chronique n° 10

Paysage du Brésil

publié en avril 2012

Frei Miguelinho est une ville de l’intérieur, sans raison d’être si ce n’est que des hommes ont décidé de s’installer ici. Comptez deux bonnes heures de voiture depuis Recife. Il faut quitter la route principale à un moment. Si vous venez en bus il faudra prendre une moto taxi à ce carrefour, car ça fait longtemps que les bus ont arrêté d’aller jusque-là. Si vous venez en voiture faites attention aux trous, car ça fait longtemps qu’on a arrêté de s’occuper de la route. Sans économies particulières ni dons de la nature à exploiter elles se meurent peu à peu au fil des générations qui s’en vont. Sa seule tradition est celle des garçons de café. Pourquoi la plupart des garçons de café de São Paulo ou Recife sont de Frei Miguelinho ? Pourquoi pas. Les filles elles, restent.

Quand Recife a le vent marin pour supporter la chaleur du jour, Frei Miguelinho n’a que le soleil qui brûle la terre. Quand la nuit tombée Frei Miguelinho se couvre de fraîcheur, Recife étouffe dans le béton qui a gardé la chaleur. Si un jour il pleut, ce qui arrive tout de même à Frei Miguelinho, une nuit suffit pour que le vert soit l’unique couleur à l’horizon. Mais en attendant tout est sec et on n’y cultive que le cactus pour nourrir le bétail.

À l’intérieur des maisons ont réussi à garder la chaleur. Les enfants, les parents, les grands-parents et le reste de la famille au sens le plus large du terme sont réunis pour Pâques. Quelques-uns sont venus de Recife ou de São Paulo mais la plupart sont de Frei. Les Brésiliens, même quand la nature n’est pas clémente, même quand la société est injuste, trouvent la joie. J’ai aimé ces trois jours où je me sentais nulle part, juste entre la lumière et la poussière dans une famille qui m’a nourri comme un fils. Je suis revenu avec un petit aperçu sur une réalité parmi toutes celles que le Brésil contient. Je n’étais qu’à 150 km de Recife et je me sentais déjà dans un autre monde. Quand je pense qu’il y a plus de 5 000 km du nord au sud du pays et pratiquement autant là où l’Ouest est le plus éloigné de l’Est ça laisse imaginer le nombre de réalités réunies sous un même drapeau.

Visitez le blog : regardscroises-francebresil.fr

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